Gros décryptage #1 : Ce qu’on est prêt à sacrifier pour ne pas être gros

Pour beaucoup, devenir gros·se est vu comme un cauchemar à éviter, et ce à tout prix. Mais vous êtes vous déjà demandé ce que les gens sont prêts à sacrifier pour ne pas devenir gros·se ?

Une étude publiée en 2006 s’est penchée sur la question.1

L’étude

Le but était d’examiner l’influence du poids des participant·es sur le niveau des préjugés implicites et explicites à l’égard des personnes grosses.

À cet effet, 4283 personnes ont été recrutées, groupées selon leur IMC.

Dans un premier temps, les chercheur·ses ont cherché à connaître le niveau de biais des personnes interrogées. Pour mesurer la grossophobie implicite, elles ont passé un test d’association implicite2 sur leur attitude envers la grosseur, puis un sur les stéréotypes envers les personnes grosses.

Pour mesurer la grossophobie explicite, on leur a posé des questions avec une échelle de cinq points (exemple : “Je préfère nettement les personnes minces aux personnes en s*rpoids” [+2] ⟶ “Je préfère nettement les personnes en s*rpoids aux personnes minces” [-2]).

Dans un second temps, les chercheur·ses ont proposé des questions (5 par personne, sur un corpus de 11) pour voir 1) quels sacrifices les participant·es seraient prêt·es à accepter pour ne pas être gros·ses et 2) s’iels préfèreraient avoir un·e enfant rencontrant certaines difficultés plutôt qu’un·e enfant gros·se.

Exemples de question :

Préfèreriez-vous vivre 10 ans de moins plutôt que d’être ob*se ?

Préféreriez-vous que votre enfant soit an0rex¡que plutôt qu’ob*se ?

Résultats

Sans trop de surprise, l’étude montre des biais implicites et explicites à tous les IMC, soulignant par exemple que les participant·es tendaient à considérer les personnes grosses comme paresseuses, lentes ou apathiques, et et les personnes minces comme motivées, déterminées ou enthousiastes.

Cependant, il existe une relation inverse entre poids et niveau de préjugé : les personnes les plus minces avaient une image plus négative des personnes grosses, tandis que les personnes grosses avaient des niveaux de préjugés (notamment explicites) plus bas.

Ce qui a le plus marqué dans cette étude, ce sont les sacrifices que les participant·es déclaraient être prêt·es à faire pour ne pas être gros·ses.

S’iels étaient moins nombreux·ses à accepter un compromis impliquant leurs (hypothétiques) enfants, les réponses changeaient radicalement lorsqu’il s’agissait d’eux-mêmes. Ainsi, en moyenne3, plutôt que d’être gros·ses :

  • 46% auraient sacrifié 1 an de vie ;
  • 15% auraient sacrifié 10 ans de vie ou plus ;
  • 30% auraient préféré être divorcé·es ;
  • 25% auraient préféré ne pas avoir d’enfants ;
  • 15% auraient préféré être en dépression sévère ;
  • 14% auraient préféré souffrir d’alcoolisme ;
  • 5% auraient préféré perdre un membre ;
  • 4% auraient préféré perdre la vue4.

Je pense régulièrement à cette étude et me demande comment les participant·es auraient répondu — et comment iels répondraient aujourd’hui — si nous ne vivions pas dans un monde qui fait constamment de la grosseur l’origine de (presque) tous les maux. Une société qui use et abuse des corrélations pour nous dire qu’être gros·se, c’est nécessairement vivre une vie moindre. Au point que certaines personnes préfèreraient littéralement perdre en espérance de vie plutôt que de nous ressembler.

TL;DR

  • Une étude de 2006 montre l’existence de biais grossophobes implicites et explicites chez les personnes intérrogées, et ce à tout IMC ;
  • Par exemple, l’association “gros·se = mauvais” et “mince = bien” est bien présente dans la tête des participant·es, tout comme l’association “gros·se = paresseux·se” ;
  • Par contre, les données montrent une augmentation des biais négatif la corpulence diminuant ;
  • De plus, de nombreuses personnes se disent prêtes à faire des sacrifices importants pour ne pas être gros·se : près de 50% des personnes interrogées indiquent préférer perdre une année de vie, 15% sont prêt·es à perdre dix ans ;
  • Près de 20 ans après, face à de nouvelles promesses de minceur médicalisée mais atteignable, les résultats seraient-ils bien différents ?
  1. Schwartz et al. (2006) The influence of one’s own body weight on implicit and explicit anti-fat bias. Obesity 14(3):440-7. ↩︎
  2. Pour les personnes anglophones, vous pouvez vous tester à l’aide du test en ligne, administré par l’université de Harvard (Weight Implicit Assessment Test). ↩︎
  3. Comme pour les biais explicites et implicites, il existe de manière générale une relation inverse entre poids et disposition à accepter un sacrifice. ↩︎
  4. Est-ce que certaines de ces propositions sont très problématiques : oh que oui. ↩︎

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